L’hôtel d’Evreux

L’hôtel d’Evreux

L’hôtel d’Evreux : façade sur la place Vendôme

L’aménagement de la place Louis-Le-Grand

Le plan final de la place Louis-Le-Grand (future place Vendôme) est donné en 1699 par l’architecte Jules-Hardouin Mansart. L’architecte a dessiné les façades donnant sur la place : elles sont toutes identiques dans un souci d’unité et sont bâties à partir de 1700. Il ne reste plus qu’à édifier chaque hôtel à l’arrière des façades.

L’hôtel d’Evreux : façade sur cour

Antoine Crozat, l’homme le plus riche de Paris

En 1700, la parcelle du n°19 est acquise par Louis Reich de Pennautier, trésorier des états de Languedoc et receveur général du clergé de France. En 1706, le terrain est racheté par le financier Antoine Crozat (1655-1738). Ancien secrétaire de Pennautier, cet homme diablement ambitieux lui a racheté sa charge (très lucrative) de trésorier. Première fortune de France à la fin du règne de Louis XIV, Crozat s’enrichira encore plus dans la traite négrière; il sera le plus important propriétaire terrien en Louisiane. A cette époque, Crozat est déjà propriétaire de l’hôtel Crozat (au n° 17) construit par Pierre Bullet en 1703. Il fait à nouveau appel à ce grand architecte pour édifier le n°19. La demeure est destinée à sa fille Marie-Anne Crozat (1696-1729) et à son gendre Louis-Henri de la Tour d’Auvergne (1674-1753), comte d’Evreux.

L’hôtel d’Evreux : la cour de forme ovale

Une alliance motivée par l’argent

Issu de la haute aristocratie, le comte d’Evreux a de toute évidence fait un mariage d’argent puisque son épouse lui apporte une dote considérable de deux millions de livres tournois. L’hôtel est bâti en 1706-1707. Le comte d’Evreux va laisser son nom à la demeure. A partir de 1718, il fera lui-même édifier dans le faubourg Saint-Honoré un hôtel particulier appelé à son tour hôtel d’Evreux : beaucoup plus connu, il s’agit du palais de l’Elysée, actuelle résidence du Président de la République. En 1738, l’hôtel de la place Vendôme revient à Louis Antoine Crozat (1700-1770), fils d’Antoine Crozat. En 1752, il est donné à sa seconde fille, épouse du maréchal de Broglie (1718-1804).

L’hôtel d’Evreux : l’enclave de l’hôtel Crozat donnant sur la cour

Le Crédit foncier de France

En 1896, l’hôtel d’Evreux est acquis par le Crédit foncier de France dont le siège historique est contigu à son jardin : il se situe dans l’hôtel Castanier et dans l’hôtel des Vieux, deux hôtels particuliers mitoyens situés rue des Capucines. Dans les années 2010, L’émir du Quatar a racheté l’ensemble immobilier appartenant au Crédit foncier de France : l’hôtel Castanier, l’hôtel des Vieux, l’hôtel d’Evreux et le pavillon Cambon.

L’hôtel d’Evreux ©Potel et Chabot

Le traiteur Potel et Chabot

Actuellement, l’hôtel d’Evreux est en grande partie occupé par le traiteur Potel et Chabot. Les fastueux salons se privatisent pour des réceptions et événements.

L’hôtel d’Evreux ©Potel et Chabot

Un chef d’œuvre de l’architecture classique française

L’hôtel d’Evreux est considéré comme l’un des chefs d’œuvre de l’architecture classique française de la fin du règne de Louis XIV. Pourtant la tâche n’est pas facile. En effet, Pierre Bullet doit affirmer une cohérence au projet sur une parcelle très irrégulière.

L'hôtel d'Evreux - Plan du rez-de-chaussée

L’hôtel d’Evreux – Plan du rez-de-chaussée

Une grande cour au centre du projet

Le plan du bâtiment s’organise autour d’une grande cour, ce qui protège l’édifice et ses occupants des bruits et de la vue de la ville. C’est d’ailleurs une tradition de l’aristocratie française de bâtir un logis entre une cour et un jardin à l’arrière. L’originalité de cette cour réside dans sa forme ovale à l’Est, nécessaire pour articuler les différents espaces. Le corps de logis donnant sur la place Vendôme est presque autonome. On peut même supposer qu’il est destiné à la location, source de revenu pour le propriétaire.

L’hôtel d’Evreux : façade sur cour

Un parcours séquentiel

Le parcours de l’hôtel d’Evreux est séquentiel : par le portail sur la place Vendôme, le visiteur traverse le porche, de forme cylindrique et la grande cour pour accéder au logis situé au fond. Le magnifique péristyle de la façade ouvre sur le vestibule. Il permet d’accéder aux antichambres et chambres principales du rez-de-chaussée. Les pièces principales sont ouvertes sur le jardin, vue la plus privilégiée. Les escaliers sont placés près des entrées de la maison : grand escalier et escalier de service pour le logis, grand escalier pour le bâtiment donnant sur la place Vendôme. Etant à la fois l’architecte de l’hôtel Crozat au n°17 et de l’hôtel d’Evreux au n°19, Bullet a conçu une interpénétration des deux volumes, ce qui est très singulier à cette époque. Ainsi, une enclave de l’hôtel Crozat donne sur la cour d’honneur de l’hôtel d’Evreux.

L'hôtel d'Evreux - Coupe montrant la façade du logis situé en fond de cour

L’hôtel d’Evreux – Coupe montrant la façade du logis situé en fond de cour

Les ordres classiques à l’honneur

Bullet a utilisé les ordres classiques pour animer les façades : le logis en fond de cour est agrémenté de colonnes doriques sur des piédestaux, sur lesquelles sont superposées des colonnes ioniques ; les bâtiments latéraux de la cour sont symétriques et animés par des pilastres utilisant les mêmes ordres. Sur la place, les façades de Mansart sont rythmées par des pilastres utilisant l’ordre corinthien colossal. A l’intérieur de l’hôtel, le grand salon forme avec son décor de boiseries l’un des plus beaux ensembles décoratifs du début du XVIIIe siècle. Le grand escalier, construit entre 1747 et 1749, est l’œuvre de l’architecte Pierre Contant d’Ivry.

L’hôtel d’Evreux ©Potel et Chabot

Information réjouissante, la somptueuse cour de l’hôtel d’Evreux est librement accessible en semaine.

Pour l’architecte Jules-Hardouin Mansart, voir également l’église Saint-Roch, l’hôtel des Invalides, la place des Victoires, l’hôtel Mansart de Sagonne, la place Louis Le Grand.

Pour l’architecte Pierre Bullet, voir également l’hôtel de Brancas, l’hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau, la porte Saint-Martin, l’hôtel de Magny, l’hôtel Tallard, l’église Saint-Thomas d’Aquin, le château de Champs-sur-Marne.

Pour l’architecte Pierre Contant d’Ivry, voir également l’abbaye de Pentemont, l’église de la Madeleine, le Palais-Royal.

Source :
Guide du patrimoine Paris, sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos, Paris, Hachette, 1994.

Adresse : 19 place Vendôme

Métro : Tuileries

Arrondissement : 1er

Téléphone :