L’hôtel Bélanger

L’hôtel Bélanger

Elévation de la façade sur rue de l'hôtel Bélanger

Elévation de la façade sur rue de l’hôtel Bélanger

L’architecte de la folie d’Artois ou folie de Bagatelle

L’architecte François-Joseph Bélanger (1744-1818) est resté célèbre pour avoir reconstruit en un temps record la folie de Bagatelle (1775) pour le compte du comte d’Artois, frère de Louis XVI.

Ce projet était l’objet d’un pari fou fait par le comte d’Artois avec sa belle-sœur Marie-Antoinette : rebâtir en deux mois seulement Bagatelle, une folie construite sous Louis XV pour le maréchal d’Estrées. 900 ouvriers y travaillèrent jour et nuit si bien qu’Artois gagna son pari.

Un architecte doublé d’un spéculateur

Travaillant le plus souvent pour des familles de l’aristocratie, Bélanger ne dédaigne pas spéculer et construire pour son propre enrichissement. Ainsi avec sa maîtresse, la danseuse Anne Dervieux, il achète des terrains rue Saint-Georges et fait construire en 1788 trois maisons contigües formant un immeuble ; elles sont destinées à la location.

Perspective de l'hôtel Bélanger - Dessin de P-L van Cléemputte.

Perspective de l’hôtel Bélanger – Dessin de P-L van Cléemputte.

Un hôtel particulier destiné à la location

Rue Neuve des Capucins (actuelle rue Joubert), l’architecte édifie la même année un ravissant hôtel particulier pour lui-même mais il en loue la plus grande partie, se réservant deux pièces comme atelier.

De style néoclassique, l’édifice repose sur un important soubassement à bossages percé d’une grande arcade : c’est l’entrée du passage menant à l’étonnante cour entourée d’une arcature ionique et à un second bâtiment.

L'hôtel Bélanger : boudoir Empire - Photographie de Charles Lansiaux - 1919

L’hôtel Bélanger : boudoir Empire – Photographie de Charles Lansiaux – 1919

Donnant sur la rue, la façade de l’hôtel est traitée avec beaucoup d’élégance et de sobriété. Le 1er étage (l’étage noble) est centré sur quatre colonnes ioniques surmontées d’arcades ; elles précèdent une loggia offrant un point de vue sur la rue. Au-dessus s’élève un étage d’attique couronné par une frise de métopes. Au niveau du toit, un grand fronton percé d’ouvertures embrasse toute la largeur de la façade.

Bélanger inquiété pendant la Révolution

En 1793, Bélanger est réveillé en pleine nuit par des commissaires qui réquisitionnent l’hôtel : celui-ci est transformé en maison d’incarcération payante pour les Anglais considérés suspects.

A la fois arrogant et désinvolte, l’architecte est lui-même inquiété à cause de sa trop grande proximité avec l’aristocratie. Il est arrêté et incarcéré à la prison Saint-Lazare.

Libéré en thermidor, Bélanger épouse Anne Dervieux en 1794 et le couple s’installe dans l’hôtel de la rue Neuve des Capucins, avant de le revendre en 1795. Ils partent s’installer définitivement dans une petite maison rue du Faubourg Poissonnière, appelée « maison Bélanger ». Elle est située à proximité de l’hôtel des Menus-Plaisirs, où Bélanger avait créé de nombreux décors pour les fêtes royales.

L'hôtel Bélanger : la façade sur cour - Photographie de Charles Lansiaux - 1919

L’hôtel Bélanger : la façade sur cour – Photographie de Charles Lansiaux – 1919

De désastreux remaniements au XIXe siècle

Acheté en 1841 par l’avocat Victor Vaton, l’hôtel est d’abord surélevé. Puis, lors du prolongement de la rue de la Victoire, Vaton agrandit la maison vers l’est par une nouvelle façade de trois travées supplémentaires. Il en profite pour remanier complètement la façade sur la rue Joubert : celle-ci est totalement dénaturée tandis que des cariatides sont ajoutées.

L'hôtel Bélanger : façade rue Joubert, état actuel

L’hôtel Bélanger : façade rue Joubert, état actuel

Quelques décors et une intéressante cour subsistent

Au XXe siècle, l’hôtel est acheté par la banque Franco-Serbe en 1925, puis en 1932 par le Crédit municipal. Il est occupé aujourd’hui par des bureaux. A l’intérieur subsiste encore le vestibule hexagonal à voûte centrale circulaire. Préservée, la pittoresque cour est entourée d’arcades surbaissées séparées par des colonnes doriques.

L'hôtel Bélanger : la façade rue de la Victoire ajoutée au XIXe siècle, état actuel

L’hôtel Bélanger : la façade rue de la Victoire ajoutée au XIXe siècle, état actuel

Pour l’architecte François-Joseph Bélanger, voir également le château de Bagatelle, la halle aux blés, la maison Morel de Chefdeville, la maison Bélanger, les maisons Bélanger, le collège des Irlandais, l’hôtel Baudard de Saint-James.

L'hôtel Bélanger : façade rue Joubert, état actuel

L’hôtel Bélanger : façade rue Joubert, état actuel

Sources :
Gallet (Michel), Les architectes français du XVIIIe siècle, Paris, Mengès, 1995.
Goldemberg (Maryse), Guide du promeneur 9e arrondissement, Paris, Parigramme, 1997.
Hillaret (Jacques), Dictionnaire historique des rues de Paris, Paris, Editions de Minuit, réédition de 1997.
www.neufhistoire.fr/articles.php?lng=fr&pg=271&prt=1

Adresse : 20 rue Joubert

Métro : Havre-Caumartin

Arrondissement : 9e