L’hôtel Scipion Sardini

L’hôtel Scipion Sardini

L’hôtel Scipion-Sardini : la galerie Renaissance

La sardine devenue baleine

Scipion Sardini (1526-1609) est originaire de Toscane. Issu d’une famille de négociant, il s’établit à Lyon puis à Paris. Il met ses talents de financier au service de Catherine de Médicis et accumule une fortune considérable. Au point que l’on dise en parlant de lui « naguère sardine, aujourd’hui grosse baleine ». Sa situation enviable lui permet d’acheter en 1565 un bel hôtel d’époque Renaissance dans le faubourg Saint-Marcel. En 1567, il épouse Isabelle de la Tour d’Auvergne, dame de Limeuil, suivante et parente de la reine. Sous le règne d’Henri III, il a la charge de percevoir les taxes sur les cabarets et les auberges et devient très impopulaire. Pire, il est emprisonné pour faux et malversation après avoir augmenté des impôts à son seul bénéfice. Fidèle aux derniers rois Valois, Scipion Sardini n’est pourtant jamais vraiment inquiété. Il termine sa vie comme mécène des Arts et des Lettres sous le règne d’Henri IV. En 1600, il achète le grandiose château de Chaumont-sur-Loire et devient également baron de Chaumont. Scipion Sardini meurt en 1614.

L’hôtel Scipion-Sardini : la cour intérieure

Le premier exemple d’architecture « brique et pierre » à Paris

L’hôtel est construit en 1532 pour Maurice Bullioud, doyen de Saint-Marcel. Bien que l’auteur du projet soit un architecte de premier ordre, il reste inconnu à aujourd’hui. On accède à l’hôtel par un élégant porche remanié au XVIIe siècle. L’hôtel se présente comme un quadrilatère organisé autour d’une cour pavée. Le bâtiment en fond de cour aurait été modifié au XVIIe siècle par Louis Le Vau. L’aile à droite de la cour est remarquable : c’est une très rare galerie en brique de style Renaissance. Elle repose sur des piliers de pierre et des arcades. Au-dessus, la façade en lits de briques orangées est décorée de médaillons en terre cuite inspirés de l’art de Girolamo della Robbia. On reconnaît un vieillard barbu, une femme portant robe et collier, un guerrier (possible allusion à Scipion l’Africain) et une femme au sein nu. Ce bâtiment est le premier exemple parisien du style « brique et pierre ». Ce style architectural sera en vogue à Paris sous Henri IV et au début du règne de Louis XIII. Il s’illustre dans la réalisation de la place Royale (rebaptisée place des Vosges), de la place Dauphine ou encore dans plusieurs hôtels particuliers du Marais.

L’hôtel Scipion-Sardini : la galerie Renaissance

Le giron de l’AP-HP

L’hôtel est affecté en 1614 à l’hôpital Sainte-Marthe qui y accueille les pauvres. En 1656, l’hôpital général en fait l’acquisition. En 1676, la boulangerie centrale des hospices civils de Paris s’y installe et reste en fonction jusqu’au milieu du XXe siècle. L’AP-HP (Assistance Publique des Hôpitaux de Paris) l’affecte ensuite à des logements de fonction.

Un futur campus universitaire

En 2021, l’AP-HP se décide à mettre en vente cet ensemble patrimonial exceptionnel pour la somme de 60 millions d’euros. L’établissement public est en effet fort endetté (158 millions d’euros de déficit en 2018) et cherche des fonds pour la prochaine rénovation de l’Hôtel-Dieu. L’acquéreur est l’investisseur-développeur GDG Investissements. L’hôtel Scipion-Sardini devrait accueillir un campus universitaire international. L’agence Wilmotte & Associés est en charge des travaux de rénovation.

Sources :
Dreyfuss (Bertrand), Guide du promeneur 5e arrondissement, Paris, Parigramme, 1996.
Guide du patrimoine Paris, sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos, Paris, Hachette, 1994.

Adresse : 13 rue Scipion

Métro : Gobelins

Arrondissement : 5e

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