Les décors de la
chancellerie d’Orléans

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Maquette de la Chancellerie d’Orléans (démolie) : façade donnant sur les jardins du Palais-Royal

L’hôtel de la Chancellerie d’Orléans

Construit au n°19 rue des Bons Enfants vers 1704 par l’architecte Germain Boffrand, cet hôtel est d’abord destiné à l’abbé Dubois (1656-1723), favori du duc d’Orléans. Il est ensuite habité par la comtesse d’Argenton, maîtresse du duc. A partir de 1725, il prend le nom d’« hôtel de la Chancellerie d’Orléans » : il est alors donné en usufruit par le duc d’Orléans à son chancelier, Marc-Pierre de Voyer de Paulmy (1696-1764), comte d’Argenson. C’est au fils de ce dernier, Marc-René d’Argenson (1722-1782), que l’on doit la commande entre 1763 et 1773 d’un ensemble de remarquables décors intérieurs supervisés par son architecte, Charles de Wailly (1730-1798).

la Chancellerie d’Orléans : le grand salon et son décor comprenant boiseries, glaces, corniche et plafond peint.

Des décors remontés à l’hôtel de Rohan

Lors des agrandissements de la Banque de France, l’hôtel de la Chancellerie d’Orléans est honteusement démoli en 1923. Fort heureusement, ses décors sont auparavant démontés et restent stockés pendant des décennies dans un dépôt. Grâce au financement du World Monument Fund et à la ténacité de son directeur pour l’Europe, Bertrand du Vignaud, les décors sont enfin restaurés dans les années 2010. En 2021, leur remontage au rez-de-chaussée de l’hôtel de Rohan, annexe des Archives Nationales, est achevé. Nous avons pu les visiter lors des Journées Européennes du Patrimoine 2025 et vous les faisons découvrir en attendant la réouverture au public de l’hôtel.

la Chancellerie d’Orléans : le grand salon – plafond peint par Antoine Coypel

Le marquis de Voyer, collectionneur et mécène

Marc-René d’Argenson, marquis de Voyer, est d’abord lieutenant-général des armées du roi avant de devenir gouverneur du château de Vincennes, puis successivement de plusieurs provinces. Grand collectionneur d’art, il est le protecteur de l’architecte Charles de Wailly et le fait travailler à d’importants aménagements dans ses différentes propriétés : au château d’Asnières (aujourd’hui la mairie), à l’hôtel de la Chancellerie d’Orléans et au château des Ormes dans la Vienne. Wailly est considéré comme l’un des artisans du « style à l’antique », plus souvent appelé néoclassicisme, apparu en France dans les années 1760. Mais son style reste tout de même très personnel, parfois excessif et penchant presque vers le baroque, comme vous pourrez le constater dans les décors qui suivent…

la Chancellerie d’Orléans : le grand salon

Le grand salon

La visite commence par le grand salon, la pièce d’apparat la plus impressionnante des appartements. Habillée de boiseries dessinées par Germain Boffrand, la pièce conserve un exceptionnel plafond peint sur plâtre : le « Triomphe de l’Amour sur les dieux » exécuté par le célèbre peintre Antoine Coypel (1661-1722) pour la comtesse d’Argenton, résidant alors dans l’hôtel. Wailly a fait appel au sculpteur Augustin Pajou (1730-1809) pour les quatre dessus de porte représentant les quatre saisons. Les cheminées d’origine ont été remplacées par des glaces.

la Chancellerie d’Orléans : la salle à manger

La salle à manger

Entrons dans la salle à manger. Plus sobre, la pièce est habillée de pilastres en albâtre et de guirlandes de fleurs en stucs dorés. Le nouveau plafond voûssuré a été peint en 1772 par Jean-Jacques Lagrénée (1739-1821) sur le thème d’ »Hébé versant le nectar à Jupiter », remplaçant celui de Jean-Honoré Fragonard jugé démodé. Les sphynx en stucs ont été imaginés par Wailly et réalisés par Augustin Pajou.

la Chancellerie d’Orléans : la salle à manger et son plafond peint sur le thème d’Hébé versant le nectar à Jupiter.

La chambre de la marquise de Voyer

Tout de même très exubérants pour être considérés comme purement néoclassiques, les décors de la chambre de la marquise de Voyer sont admirables. Les boiseries réhaussées d’or alternent avec des niches (recevant à l’origine des candélabres pour l’éclairer) et de grandes glaces tandis que le lit est placé dans une alcôve. Oeuvre de Jean-Jacques Durameau (1733-1796), le plafond plat a pour thème « le Lever de l’Aurore ». Il a comme particularité de déborder sur la corniche. Des putti en stuc décorent les dessus de portes.

la Chancellerie d’Orléans : la chambre de la marquise de Voyer

L’antichambre

Après avoir traversé le cabinet-bibliothèque dont les panneaux de boiseries sont uniquement évoqués (ils sont en mains privées), nous terminons notre parcours par l’antichambre, dont les proportions d’origine ont été réduites de moitié. C’est la pièce la plus sobre de l’ensemble et celle qui incarne le mieux le style néoclassique. Ses murs sont habillés de demi-colonnes cannelées d’ordre ionique et d’un décor en trompe-l’œil. Le plafond peint (également en trompe-l’œil) par Jean-François Guilliet et Pierre Hyacinthe Deleuze est sur le thème des travaux d’Hercule.

la Chancellerie d’Orléans : la chambre de la marquise de Voyer – le plafond réalisé par Jean-Jacques Durameau déborde sur la corniche

Les salons des princes-cardinaux de Rohan

Si les décors de la Chancellerie d’Orléans sont désormais en place, la réouverture à la visite de l’hôtel de Rohan est pour l’instant retardée à cause d’un chantier d’envergure restant à mener. En effet, situés au premier étage, les somptueux salons des princes-cardinaux de Rohan (voir l’article sur l »hôtel de Rohan) nécessitent une restauration complète. Ils constituent parmi les plus beaux décors parisiens de style rocaille, notamment le cabinet des Singes ou le salon de compagnie.

la Chancellerie d’Orléans : l’antichambre

Une réouverture très attendue

La Fondation du Patrimoine mène actuellement une collecte pour contribuer (avec les dons substantiels du mécénat) à leur remise en état. Il est possible que les décors de la Chancellerie d’Orléans soient néanmoins visibles prochainement (peut-être en 2026 selon les dernières informations) avant que l’hôtel de Rohan n’ouvre à nouveau intégralement à la visite. On vous tient au courant !

la Chancellerie d’Orléans : le grand salon – dessus de porte sur le thème des quatre saisons

Adresse : 60 rue des francs-bourgeois

Métro : Rambuteau

Arrondissement : 3e

Téléphone :