L’Hôtel de Lauzun

L’hôtel de Lauzun : la façade donnant sur le quai
Une fortune récente
Ce fastueux hôtel particulier est bâti de 1657 à 1658 pour Charles Gruyn des Bordes, commissaire général des vivres pour la cavalerie légère, fils d’un cabaretier. Cet ambitieux, proche du surintendant Nicolas Fouquet, le suivra dans sa disgrâce. L’attribution de l’édifice à Louis Le Vau a été longtemps avancée mais elle revient en fait à l’architecte Charles Chamois.

L’hôtel de Lauzun : la cour intérieure
Le comte de Lauzun
Bien qu’il n’y ait habité que quatre ans, de 1682 à 1685, c’est Antoine Nompar de Caumont (1633-1723), comte puis duc de Lauzun, qui laisse son nom à l’hôtel. Favori du roi, courtisan ambitieux et sans scrupule, il essaya en vain d’épouser le meilleur parti de France, la Grande Demoiselle, cousine germaine de Louis XIV. Ses intrigues étaient nombreuses, ce qui lui valut de passer 10 ans emprisonné à la forteresse de Pignerol. L’hôtel est également parfois appelé hôtel de Pimodan, du nom du marquis de Pimodan qui en fut le propriétaire de 1779 jusqu’à la Révolution française.

L’hôtel de Lauzun : l’escalier d’honneur
Le club des Hachischins
En 1842, un collectionneur de livres célèbre, le baron Pichon, en fait l’acquisition. Plusieurs artistes y résident comme locataires : Charles Baudelaire (de 1843 à 1845), Théophile Gautier ou encore le peintre Fernand de Boisdenier. Le « club des Hachischins » s’y réunit régulièrement dans l’appartement de Boisdenier, rejoints parfois par d’autres écrivains comme Nerval, Balzac, Flaubert, Sand ou des scientifiques. Sous le contrôle du très sérieux docteur Moreau de Tours, ce club était dédié à l’étude et à l’expérience des drogues. Baudelaire évoque d’ailleurs ces expériences dans Les paradis artificiels.

L’hôtel de Lauzun : la bibliothèque – plafond peint de Michel Dorigny représentant « Cérès » ©Emilie Chaix/Ville de Paris
Le style sévère
L’extérieur de l’édifice exprime une rigueur classique appelée « style sévère » en vogue dans la première partie du règne de Louis XIV : les façades, aussi bien celle sur le quai que celles de la cour intérieure sont dépourvues d’éléments décoratifs. A l’inverse, l’intérieur présente d’éblouissants décors, Gruyn souhaitant sans doute affirmer avec un peu trop de clinquant sa fortune nouvelle : feuille d’or, boiseries dorées, panneaux sculptés, fresques, peintures (un magnifique plafond de Michel Dorigny), cheminées en marbre, parquets ornent les salons, cabinet, antichambre, grande chambre de parade, chambre à alcôve. Démoli au XIXe siècle, le grand escalier et sa rampe d’entrelacs en pierre ont été reconstruits en 1949 et ont retrouvé leur merveilleux volume.

L’hôtel de Lauzun : la chambre à alcove ©Marc Verhille/Ville de Paris
L’Institut d’Etudes Avancées
En 1928, la Ville de Paris en fait l’acquisition et le possède encore actuellement. L’hôtel est longtemps utilisé pour organiser de fastueuses réceptions en l’honneur de chefs d’état ou de têtes couronnées en visite à Paris. Depuis 2013, l’hôtel abrite l’Institut d’Etudes Avancées de Paris, un centre de recherche en sciences humaines et sociales : 25 chercheurs de toutes nationalités y résident en permanence pour une durée de 5 à 10 mois. La demeure (1.300 m2 tout de même!) est également privatisée pour des événements, des émissions télévisées ou des tournages de film. L’agence Lagneau Architectes l’a restaurée et a également aménagé des espaces de travail et de réunion pour sa nouvelle vocation.
L’hôtel de Lauzun est commenté au cours de la visite guidée de l’île Saint-Louis. Il n’est malheureusement pas ouvert à la visite jusqu’à nouvel ordre et c’est bien désolant. Les photographies, prises pour la plupart par la Mairie de Paris, vous en donnent tout de même un aperçu.

L’hôtel de Lauzun : une chambre à alcôve ©Emilie Chaix/Ville de Paris
Pour l’architecte Charles Chamois, voir également le couvent de la Merci.
Pour l’agence Lagneau Architectes, voir également le siège de Saint-Laurent, La Samaritaine Paris Pont-Neuf, la Poste du Louvre, l’hôtel de Mayenne, les hôtels des Marets et d’Herbouville, l’hôtel de Sully.

L’hôtel de Lauzun : une antichambre aménagée en salle de réunion ©Lagneau architectes
Sources :
Gady (Alexandre), Les hôtels particuliers de Paris, Paris, Parigramme, 2008.
Guide du patrimoine Paris, sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos, Paris, Hachette, 1994.
Mairie de Paris

L’hôtel de Lauzun : l’escalier d’honneur
Adresse : 17 quai d’Anjou
Métro : Sully-Morland
Arrondissement : 4e
Téléphone :



