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Les vestiges de l’hôtel de Montmorency - Luxembourg


36 rue Vivienne et au-dessus du passage Feydeau – M° Grand Boulevards ou Richelieu-Drouot

2e arrondissement

L’hôtel de Rivié, également appelé hôtel de Montmorency-Luxembourg, était une vaste demeure du début du XVIIIe siècle élevée par le célèbre architecte Pierre Cailleteau dit Lassurance. Seule une partie de son aile Ouest et du corps central ont survécu, incorporés dans des constructions plus récentes.

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L’hôtel de Montmorency-Luxembourg - La façade sur le jardin vue du grand cours

L’ascension fulgurante de Thomas de Rivié

Fils d’un maréchal-ferrant de l’Aveyron, Thomas de Rivié (1653-1732) doit son ascension sociale à l’amitié que lui porte Louvois, ministre de Louis XIV. Rivié s’enrichit grâce à la fourniture de chevaux pour l’armée. En 1704, il achète une charge de secrétaire du roi  , sésame pour accéder à la noblesse au bout de 20 années d’exercice. La même année, il confie à l’architecte Pierre Cailleteau, dit Lassurance, la construction d’un hôtel particulier pour son propre compte.

L’entrée de l’hôtel est située rue Saint-Marc : un haut portail en plein cintre encadré de colonnes ioniques doubles mène à la cour d’honneur. A l’arrière, les jardins s’étendent jusqu’au grand cours, promenade à la mode à cette époque, appelée aujourd’hui « les Grands Boulevards ».

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Elévation de la façade sur la rue

Sur la cour, le logis en pierre de taille est centré sur un étroit avant-corps d’une seule travée. Il est encadré d’ailes en retour sur la cour, aux toitures indépendantes.

Sur le jardin, l’avant-corps est plus majestueux : comportant trois travées, il est surmonté d’un fronton sculpté et couvert d’un toit à pans brisés. Il abrite au rez-de-chaussée la plus belle pièce de la maison, le grand salon ouvrant sur le jardin. Les dessus de porte sont réalisés par les peintres Charles-Joseph Natoire et Noël Hallé. Le corps central est encadré de pavillons en ressaut.

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Elévation de la façade sur cour

L’hôtel Desmarets

A peine achevé, l’hôtel est revendu le 16 octobre 1710 car Rivié doit désormais résider à Versailles pour mener ses activités au plus près du pouvoir royal.

L’acquéreur de l’hôtel est Nicolas Desmarets (1648-1721), marquis de Maillebois. Neveu du grand Colbert, Desmarets, issu de la noblesse de robe, bénéficie du soutien de son oncle pour sa brillante carrière : d’abord conseiller au Parlement, il occupe les postes successifs de maître des requêtes, conseiller d’Etat, intendant des Finances, directeur des Finances, puis il est nommé contrôleur-général des finances en 1708.

Desmarets acquiert également l’hôtel touchant l’hôtel Rivié à l’Est, qui prend le nom de petit hôtel de Maillebois.

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Elévation de la façade sur le jardin

L’hôtel de Montmorency-Luxembourg

A la mort du contrôleur-général en son hôtel le 4 mai 1721, la propriété, comprenant les 2 hôtels, est vendue en 1723 à Charles 1er Frédéric de Montmorency, 6e duc de Piney-Luxembourg. Puis son fils Charles 2 Frédéric de Montmorency (1702-1764), 8e duc de Piney-Luxembourg et 2e duc de Montmorency, prince d’Aigremont et de Tingry, lui succède. Il sera fait maréchal de France en 1757.

Le duc fait agrandir l’hôtel. L’architecte Antoine-Matthieu Le Carpentier (1709-1773) est chargé de réaliser une aile sur le jardin et un kiosque chinois : outre un appartement de bain et un salon, il aménage une salle à manger formant un pavillon donnant sur la jardin. Les décors sculptés sont confiés à l’ornemaniste Nicolas Pineau tandis que Noël Hallé peint le plafond où des figures d’enfants symbolisent les 4 saisons.

L’architecte Fimin Perlin (1747-1783) intervient ultérieurement : il modernise la façade sur cour de l’hôtel en utilisant l’ordre colossal  .

Sous la Révolution, les Montmorency-Luxembourg émigrent. L’hôtel est saisi ; il sert de dépôt pour les ouvrages confisqués aux congrégations religieuses et aux aristocrates émigrés. Plus de 100.000 ouvrages y sont stockés.

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L’hôtel de Montmorency-Luxembourg : l’ancien portail devenu l’entrée du passage des Panoramas - Début du XXe siècle

La création du passage des Panoramas

En 1800, l’hôtel, vendu comme bien national en 1797, est acquis par Henriette Berck, épouse de James Tayer. De nationalité américaine, Thayer installe 2 panoramas à l’entrée de la propriété, côté boulevard, qui vont devenir une attraction à la mode. Puis le passage des Panoramas est créé : il relie le boulevard à la rue Saint-Marc. A cette occasion, le rez-de-chaussée de l’hôtel est percé pour faire passer la galerie  . Côté rue Saint-Marc, l’ancien portail de l’hôtel au n° 10 devient l’entrée du nouveau passage.

En 1808, le jardin de l’hôtel est à nouveau amputé pour construire le théâtre des Variétés. Les 2 rotondes sont abattues en 1830, cette attraction étant passé de mode. La même année, le préfet accorde le prolongement de la rue Vivienne entre la rue Feydeau et le boulevard Montmartre. L’emprise de l’hôtel sur cette nouvelle voie va entrainer un « rabotage » de son aile Ouest.

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L’hôtel de Montmorency-Luxembourg : la façade Ouest de l’hôtel, donnant sur la rue Vivienne, rhabillée au XIXe siècle par Grisart
©paris-promeneurs

Un rhabillage de la façade Ouest

Peu après, la spéculation immobilière aura raison de l’édifice : en 1834, l’architecte Jean-Louis Grisart dessine les galeries Feydeau, Montmartre, Saint-Marc et des variétés, reliées au passage des Panoramas. L’hôtel de Montmorency-Luxembourg est encore amputé.

Grisart réussit à épargner une partie de l’aile Ouest : sur la rue Vivienne, au n°36, un entresol est créé et la façade est entièrement rhabillée mais on identifie bien les hautes fenêtres qui correspondent au 1er étage de l’hôtel d’origine. A l’intérieur, une grande antichambre, une chambre à coucher et un cabinet en partie amputé sont préservés. Malheureusement, les décors d’origine ont été remplacés par des décors du XIXe siècle encore préservés. L’édifice est surélevé de plusieurs étages.

Ce vestige de l’hôtel connaît encore un regain d’intérêt au cours du XIXe siècle :
Charles-Philippe d’Orléans (1810-1842), duc de Chartres, fils du roi Louis-Philippe, y installe son cercle particulier comme c’est la mode à l’époque. Il meurt tragiquement dans un accident de chevaux le 13 juillet 1842 (voir la chapelle Saint-Ferdinand).

Ensuite, le 1er étage accueille un café, le « Café de l’Europe ». En 1906, le Cercle Central des Lettres et des Arts y tient ses réunions.

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L’hôtel de Montmorency-Luxembourg - La travée centrale est reconnaissable : la baie centrale du 1er étage, diminuée de hauteur, est encadrée de pilastres ioniques doubles - L’hôtel a été surélevé de plusieurs étages
©paris-promeneurs

Le 1er étage de l’hôtel encore identifiable

Outre l’aile Ouest de l’hôtel de Montmorency-Luxembourg, le 1er étage du corps de logis central est encore identifiable, même s’il a été surélevé et entièrement redistribué intérieurement. Un récent nettoyage de la façade Sud nous permet de mieux reconnaître la travée centrale de l’hôtel, telle que Lassurance l’a dessinée : au-dessus du passage Feydeau, la baie du 1er étage a été diminuée de hauteur mais elle conserve ses pilastres   ioniques doubles. De même, les fenêtres situées de chaque côté de la travée centrale correspondent aux fenêtres d’origine, mais largement modifiées et dénaturées.

Aujourd’hui, les vestiges de l’hôtel de Montmorency-Luxembourg sont occupés par des bureaux et ne se visitent pas. Il sont visibles de l’extérieur.

Cet hôtel ne doit pas être confondu avec l’hôtel de Montmorency-Bours, rue du Cherche-Midi, qui abrite aujourd’hui le musée Hébert.

Pour l’architecte Pierre Cailleteau dit Lassurance, voir également l’hôtel de Lassay, l’hôtel de Rothelin-Charolais, le Palais-Bourbon, l’hôtel de Maisons, l’hôtel de Roquelaure.

Pour l’architecte Antoine-Matthieu Le Carpentier, voir également l’hôtel de La Guiche, le collège de Navarre, la Folie  -Bouëxière, le palais Bourbon.

Pour l’architecte Fimin Perlin, voir également l’hôtel de Mercy-Argenteau.

Sources :
- Guide du promeneur 2e arrondissement, Dominique Leborgne, Parigramme, 1995.
- www.hotelmontmorency.online.fr
- Les architectes parisiens au XVIIIe siècle, Michel Gallet, Mengès, 1995.


36 rue Vivienne et au-dessus du passage Feydeau – M° Grand Boulevards ou Richelieu-Drouot

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